Intercommunalité
Information | Le mot du président
Vous êtes seul, Il fait beau,… peut-être pas…mais qu’importe, vous le savez par habitude : la lumière finira par venir à bout de la grisaille qui, rigueur oblige, aura fait mine de résister. Vous cheminez tranquillement dans la campagne, vaguement perdu dans vos pensées, vaguement occupé à choisir où placer vos pas sur le sentier caillouteux. C’est peut-être le cri d’un oiseau qui vous aura fait brutalement lever les yeux. Et là, vous êtes soudainement saisi par la beauté d’un paysage pourtant mille fois vu sans vraiment le regarder; peut-être l’aviez-vous tout simplement oublié… aussi ignorant de lui qu’il l’est de vous.
Où que vous portiez votre regard, l’évidence est là : que ce pays est beau ! Et c’est le vôtre, que vous y soyez né, ou pas…que votre lignée y ait inscrit sa vie ou que vous l’ayez adopté, en espérant qu’il en fasse de même… ; en cet instant précis, il vous captive et vous mesurez votre chance.
Quelques uns sans doute, en lisant ces lignes se reconnaîtront.
Quelques uns aussi, parmi les plus séduits, auront voulu en savoir plus sur l’objet de leur contemplation, et se seront parfois abîmé la vue en de savantes lectures. Ce livre est pour eux, mais pas seulement …Il est pour tous les curieux d’ici et d’ailleurs, les nouveaux venus et ceux installés depuis longtemps, les généreux qui savent que leur pays s’enrichira de l’amour partagé…
Il vous invite à la connaissance et au partage d’un patrimoine, celui des communes qui composent aujourd’hui, autour de LUNEL (qui a fait à lui seul l’objet d’un premier ouvrage), la Communauté de Communes du Pays de LUNEL…
Mais, qu’en était-il hier de ce pays de LUNEL, dont le nom ne peut être établi avec certitude entre l’origine celtique signifiant « habitation près des marais » ou bien « Luna », autrement dit « nouvelle JERICHO » en hébreu, ainsi désignée par des Juifs quittant la Judée immédiatement après que VESPASIEN, en 68 de notre ère, ait réduit par la force l’ancienne JERICHO ?
Déjà une question se pose : est-ce à l’histoire ou à la géographie que le pays doit son nom ? Nombre d’historiens penchent pour la deuxième hypothèse et je me garderai bien de mettre en doute leur savoir tant le mien est faible et tant il faut avoir de gratitude envers cette population qui a permis l’éclosion d’une école, dont la célébrité a fait briller le nom de notre pays pour toujours. « C’est en partie aux savants qui ont professé [dans cette école], mêlés aux Arabes, que la ville de MONTPELLIER doit l’établissement de sa célèbre faculté » dit Thomas MILLEROT dans son Histoire de la ville de LUNEL. Ai-je raison de penser qu’il est bon de garder précieusement ceci à l’esprit… ?
En revanche, si l’on connaît peu de choses de nos origines, ce que nous savons avec certitude de ces temps immémoriaux, c’est que le VIDOURLE était déjà là et bien là, que c’est à ses inondations qu’une partie de notre pays devait de n’être qu’un vaste marécage, avec par ci par là, quelques îlots perdus au milieu d’une eau stagnante et grouillante. Que d’efforts a-t-il fallu aux habitants pour, au moyen de digues, contenir ses débordements et transformer une contrée fétide en une plaine fertile… Et qui étaient-ils ces habitants ? Peut-on rattacher notre histoire locale à la fondation de MARSEILLE au VIII° siècle avant J.C ? Les Massaliotes s’installent pour développer le commerce avec le reste de la Méditerranée. Ce sont notamment les zones salines des étangs, le savoir-faire gaulois et le Delta du Rhône – qui permet en remontant le fleuve et la Saône d’atteindre l’Europe du Nord - qui leur font choisir ce site stratégique. L’oppidum d’AMBRUSSUM est le premier témoin d’une implantation qui s’est construite au croisement de deux grandes voies antiques de commerce : la via VICINALIS empruntée par les Romains pour se rendre de Sommières (MIDRIUM) à Mauguio (MELGORIUM) et la via DOMITIA pour les relations Est-Ouest.
Mais, reprendre ici la chronologie des évènements qui en marquant notre histoire ont façonné notre patrimoine n’est pas le propos. Aussi me contenterai-je d’en souligner quelques uns.
La première partie de notre histoire est fortement marquée par les invasions et nous savons peu de choses du rôle joué par notre pays de Lunel, si ce n’est qu’il connut sa part de ravages. Les Sarrasins s’y étaient installés et notre région ne comptait pas moins de 16 roitelets maures, dont le nôtre, un certain TAMARIN ou TAMARIS dit-on, roi de Maguelonne auquel Lunel était rattaché. C’est Charlemagne qui mit fin à leur suprématie et c’est vers 888 que date la fondation de la 1ière baronnie de Lunel tenue par la maison des GAUCELMS de 1007 à 1298.
Après eux, elle passa entre les mains de pas moins de 28 seigneurs dont certains de haute lignée.
Quel était le périmètre de cette baronnie ? C’est difficile à dire car il a beaucoup fluctué, passant même sur l’autre rive du VIDOURLE ; Et même si SAINT-CHRISTOL - où les Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem développèrent le commerce du vin en France et créèrent à la fin du XVIII° siècle une première appellation viticole - et MARSILLARGUES étaient également constitués en seigneuries, on peut dire que toutes les communes qui composent aujourd’hui l’actuelle Communauté de Communes étaient déjà liées entre elles dans une même trame historique.
En témoignent les arguments présentés par ses habitants dans un document du 6 février 1315, pour obtenir du roi Philippe le Bel, propriétaire de la baronnie, l’autorisation de désigner des consuls. A cette époque, Nîmes et Montpellier en avaient et Lunel, qui possédait depuis longtemps le droit d’élire des syndics, voulait en avoir…pour gagner en indépendance sur la féodalité et ses fiefs. Cette demande était le fruit d’un arrangement entre la ville de LUNEL et les Villettes incluses dans la baronnie, car ces dernières exprimaient depuis des années leur volonté de participer à la représentation consulaire.
Est-ce faire preuve de la légèreté du béotien que d’avouer, qu’à la lecture de la requête envoyée au roi, il me semble être en présence des statuts de l’ancêtre de notre Communauté de Communes actuelle ? Jugez-en par vous-même : tout est prévu dans ce texte, jusqu’au nombre des consuls (2 pour la ville et 1 pour les Villettes) et des conseillers, jusqu’à leur mode d’élection (tous les ans à la Saint-Vincent), jusqu’au fait que les privilèges obtenus seraient communs à la ville et aux Villettes, qu’elles auraient une maison commune dans laquelle serait un coffre fermé par 3 clefs, dont deux détenues par les 2 consuls de la ville et 1 par celui des Villettes, que les dépenses consulaires seraient réglées pour deux tiers par les Villettes et pour un tiers par la ville, et surtout… «que les habitants de la ville et ceux des Villettes ne feraient qu’un corps de communauté ainsi qu’observé de tout temps »…
C’est le même argument que nous utilisons encore aujourd’hui ! C’est « ce corps de communauté » « observé de tout temps » que vos élus doivent opposer encore et toujours à ceux qui prétendent nous dissoudre dans leur grand dessein de globalisation insipide… Certes, le passé ne doit pas figer l’avenir, mais il est notre marqueur d’identité…inaliénable et indissoluble… Car, rien n’y a fait, ni les querelles pour les droits de pâturages, ni les disettes, ni les invasions, ni la guerre de cent ans, ni les guerres de religion, ni la révolution, ni les deux conflits mondiaux …, rien n’a pu anéantir le sentiment d’appartenance à une même unité de vie. La géographie et sa proximité ont bâti une même histoire, vieille maintenant de plusieurs siècles, qui a laissé sa trace dans la ville et les Villettes… Cependant, elles n’ont pas vécu repliées sur elles-mêmes, mais bien au contraire ont toujours constitué un lieu de passage où s’exerçait le commerce du sel, du vin, des salaisons et des céréales, commerce renforcé par la création du canal de LUNEL.
Partout notre passé se donne à lire… Ici, ce sont les églises, dont certaines romanes comme à VALERGUES, SATURARGUES, SAUSSINES, VILLETELLE, créées par les abbayes du sel ou les seigneuries.
Là, à MARSILLARGUES, c’est, à côté d’un donjon médiéval, un magnifique château Renaissance aux façades parées de décor, fait rare en Languedoc.
Là encore, c’est un pont romain qui subsiste comme à BOISSERON, ou bien c’est l’ultime arche du pont d’AMBROIX, encore épargnée par le VIDOURLE…
Presque partout dans nos Villettes, ce sont des aménagements colbertins avec le raccordement du port de LUNEL au canal du RHONE à SETE et le détournement du cours du VIDOURLE. La quasi-totalité de l’urbanisme de nos villages date de cette époque. Il s’est souvent développé autour d’un premier noyau médiéval et s’est paré au XIX° siècle de magnifiques mas viticoles et autres maisons de viticulteurs dotées de portails décorés de tonneaux, de blasons évoquant la vigne. On peut encore en voir en se promenant dans la campagne vers VALERGUES, SAINT-CHRISTOL, SAINT-JUST, VERARGUES, LUNEL-VIEL, SAINT-SERIES, ou bien encore SAINT-NAZAIRE DE PEZAN.
Ajoutez à ces richesses architecturales, une pincée de recherches culinaires qui ont fait dire à Jean-Jacques ROUSSEAU, lui aussi promeneur solitaire ( !), après un séjour à l’auberge du Pont de LUNEL (située à quelques mètres du pont sur le chemin allant à ST JEAN DE NOZET) : « Ce cabaret, l’un des plus estimés de l’Europe, méritait alors de l’être. Ceux qui le tenaient avaient su tirer parti de son heureuse situation pour le tenir abondamment approvisionné et avec choix. C’était réellement une chose curieuse de trouver, dans une maison seule et isolée au milieu de la campagne, une table fournie en poisson de mer et d’eau douce, en gibier excellent, en vins fins, servie avec ces attentions et ces soins qu’on ne trouve que chez les grands et les riches, et tout cela pour vos trente-cinq sous.1». Mélangez à une bonne dose de bouvine, délayez un zeste des couleurs des paysages depuis les tons mordorés de la vigne en automne sur les coteaux, jusqu’aux teintes d’aigues-marines des étangs, et vous aurez un pays à nul autre pareil….le vôtre peut-être ou celui que je suis heureux de partager aujourd’hui avec vous.
Bien à vous,
François BERNA,
Président de la Communauté de Communes du Pays de LUNEL,
Maire de SAINT-SERIES

